16 juillet 1899 : Début de l’abrogation des Traités Inégaux au Japon

Depuis le milieu du XIXème siècle, le Japon a dû supporter les clauses de traités commerciaux lui étant particulièrement défavorables. Forcé d’ouvrir ses ports au commerce sous la pression des flottes militaires occidentales, le Japon subit les politiques impérialistes des Etats-Unis et des puissances européennes. En 1887, une tentative de rééquilibrage des termes de l’échange entre l’Empire du Soleil Levant et les puissances occidentales échoue lamentablement. Dès lors, le Japon ne s'évertuera plus à reprendre son autonomie par la voie de la diplomatie et entrera dans une logique de réarmement et d'expansionnisme.

Le romancier et poète Natsume Sôseki put ainsi écrire : « Dans la mesure où on entretient des rapports avec plus fort que soit, il est impossible de faire autrement que de renoncer à soi-même et de s’adapter aux coutumes de l’autre »[i].

Le Japon ira en fait plus loin. Sans se défaire de ses traditions, et dans le cadre du gigantesque mouvement de modernisation de l’ère Meiji qui débute en 1868, le Japon qui adopte à la fois une religion (shinto) d’Etat et des technologies occidentales, développe son armée et sa marine pour devenir une puissance expansionniste à l’image des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne ou de la France.

 

16 juillet 1899
Nippon Kaïgun, pavillon de la marine militaire du Japon Impérial (1869-1947)
 
 
Les « maîtres » occidentaux deviennent le nouveau modèle, et la conquête le moyen de se faire accepter au sein des grandes nations du monde. Les Japonais se comportent alors à l’égard de la Corée comme les Etats-Unis avaient pu le faire à l’égard du Japon(…) et forcent le pays du Matin Calme à ouvrir ses ports (Traité de Gangwha de 1876). L’Empire japonais accumule les victoires et les conquêtes territoriales, prend Formose (1874) et les îles Ryukyu (1879) à la Corée, et écrase la flotte chinoise durant la guerre sino-japonaise de 1894-1895.
 
 
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Débarquement des troupes japonaises lors de l'incident de Gangwha le 20 septembre 1875 qui donnera lieu au Traité de 1876
 
 

Les puissances occidentales constatent avec surprise la montée en puissance du Japon. L’Empire du Soleil Levant est désormais à considérer sous un autre jour. Le 16 juillet 1899, la Grande-Bretagne qui cherche un allié pour contrer l’expansionnisme russe vers la Chine, est  la première à desserrer l’étau, en signant de nouveaux accords d’amitié et de commerce avec le Japon. Les Traités inégaux avec le Japon connaissent leur premier véritable tempérament en presque un demi-siècle de domination occidentale. Dès l’année suivante, le Japon participera à la répression de la « révolte des Boxers » en Chine aux côtés de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis ou encore de la France. Il faudra enfin attendre 1911 pour que le Japon récupère pleinement son autonomie en matière douanière.

 

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Gravure représentant les grandes puissances se taillant entre elles la part du "gâteau chinois" (de gauche à droite : la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Russie, la France, le Japon)
 
 

Mimétisme à l’égard des occidentaux et conservation d’une identité propre autour d’un pouvoir fort ont fait du Japon une puissance expansionniste à l’orée du XXème siècle. Une montée en puissance qui ne sera pas sans conséquences au regard des ravages et exactions de la guerre sino-japonaise (1936-1939) et des évènements de la Seconde Guerre Mondiale dans le Pacifique.

 

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[i] Référence tirée de l’excellent ouvrage de Michel Pensereau - Le Japon entre ouverture et repli à travers l'histoire - Un Rapport Cyclique Au Monde – Broché, 2009.