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15 janvier 1826 : Sans liberté de blâmer...

Plus gros tirage quotidien de la presse française avec une diffusion moyenne estimée à 317 614 exemplaires (chiffres OJD – 2014), Le Figaro affiche depuis près de deux siècles un étonnant secret de longévité. Au fil d’une ligne éditoriale qui a connu ses évolutions, ses périodes de sommeil, d’errance et de conquêtes, le journal a cependant écrit l’histoire de sa cohérence et de sa légitimité, celle d’un quotidien incontournable de la presse française.

 

Publié pour la première fois le 15 janvier 1826 dans une veine absolument satirique sous la plume des écrivains Arago et Alhoy, le journal se réclame dès l’origine de la devise de l’irrévérencieux Figaro de Beaumarchais en lui empruntant l’une de ses lignes les plus célèbres :

 

Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur

Le Mariage de Figaro, Acte V, scène 3

 

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Une ligne de conduite clairement affichée qui fera du Figaro l’un des ennemis de la Restauration monarchique et l’un des artisans de sa chute. Récompensé par Louis-Philippe Ier et la nouvelle Monarchie de Juillet, le journal racheté par le nouveau pouvoir monarchique en 1832 perdra finalement en légitimé. Mal à l’aise dans sa nouvelle identité, difficilement irrévérencieux, inféodé au pouvoir, le journal perdra finalement ses repères et ses lecteurs, obligé de baisser le rideau à partir de 1834. Neuf tentatives de relance du journal se succèderont pendant les vingt prochaines années. Sans succès.

 

15 janvier 1826 figaro1Mais un nom reste un nom et celui du Figaro plaira suffisamment pour susciter l’intérêt d’Hippolyte de Villemessant (1810-1879) qui le reprendra en 1854, avant d’en faire un quotidien à partir de 1866. Avec Villemessant, Le Figaro prend rapidement certaines de ses grandes caractéristiques actuelles. Littéraire et mondain, le journal devient celui du tout-Paris et accueillera dès lors à chacune de ses époques des plumes prestigieuses comme Honoré de Balzac et Zola, ou plus tard, Marcel Proust, François Mauriac ou encore Jean Giraudoux.

 


Référence littéraire, le Figaro participera également à la dénonciation des grandes affaires de la Troisième République, mais aussi aux débats politiques de l’entre-deux guerres affichant notamment au travers de sa vive hostilité au Front populaire une ligne politique clairement marquée à droite de l’échiquier politique. Suspendue en 1942 en raison de la censure appliquée par le régime de Vichy, le Journal renaîtra finalement à la Libération.

 

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Racheté par le Groupe Hersant en 1975, puis par le Groupe Dassault en 2004, Le Figaro continue aujourd’hui de donner la part belle à l’expression littéraire, à la critique artistique, au microcosme mondain parisien, mais aussi à l’actualité nationale comme internationale, au travers d’une perspective proche de celle de la droite libérale et conservatrice française.