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14 janvier 1986 : Disparitions de Daniel Balavoine et Thierry Sabine

Dans la soirée du 14 janvier 1986, la caravane de la 8ème édition du Paris-Dakar est en deuil. A l’occasion de la 14ème journée de la compétition reliant Niamey à Rharous au Mali, le chanteur Daniel Balavoine, Thierry Sabine, organisateur de l’évènement, la journaliste Nathalie Odent, le technicien radio de RTL Jean-Paul le Fur et le pilote d’hélicoptère François-Xavier Bagnoud s’écrasent dans le désert malien à bord de leur appareil, dans des conditions qui continuent encore de susciter les interrogations quant aux circonstances exactes de l’accident.

 

 

14 janvier 1986 3Daniel Balavoine, icône de la chanson française, novateur musical hors pair, était devenu en moins d’une décennie l’idole d’une génération. Le Chanteur, Mon fils ma bataille, Tous les cris les S.O.S, l’Aziza… ont en quelques années constitué la légende d’un artiste couronné de succès, chéri du public, mais aussi écorché vif et militant. Sensibilisé aux misères du tiers-monde, notamment après avoir traversé les villages africains à l’occasion du Paris-Dakar 1983, l’artiste engagé qui sort la même année son album Loin des yeux de l’Occident, a fait de son engagement humanitaire une nécessité.

 

14 janvier 1986 4Autre rêveur au tempérament d’aventurier, le pilote de rallye Thierry Sabine, organisateur du Paris-Dakar, lui proposera alors de profiter de la logistique de l’évènement pour y étendre son action au cœur même de l’Afrique. Une invitation qui tombera à point nommé avec les projets de l’artiste visant à installer des motopompes pour faciliter l’irrigation des coopératives villageoises.

 

Destinés à se rencontrer au nom d’un continent africain qu’ils aimaient, rien ne pouvait cependant laisser penser que les deux hommes, ni les trois autres victimes de la tragédie du 14 janvier 1986 disparaîtraient ensemble.

 

14 janvier 1986

Après avoir donné le départ de l’étape reliant Niamey à Rharous à 4 heures du matin, Thierry Sabine propose à Daniel Balavoine de se rendre à Gao pour donner le coup d’envoi du match de foot opposant Gao à Mopti. Arrivés à 10h30, les deux hommes profitent de la présence du gouverneur local pour discuter des problèmes logistiques liés aux opérations d’installation des motopompes. Les discussions continueront jusqu’en milieu d’après-midi. Thierry Sabine doit cependant reprendre son hélicoptère pour rejoindre la ligne d’arrivée de l’étape, alors que le jour faiblit et que le vent de sable qui a sévit toute la journée peut compliquer le vol d’un appareil qui a encore 250 kilomètres à parcourir. A cette heure-là, l’équipage destiné à embarquer à bord de l’Ecureuil de Thierry Sabine n’a encore rien à voir avec celui qui effectuera finalement le vol fatal.

Initialement attendus à bord de l’appareil, les photographes Jean-Luc Roy et Yann Arthus-Bertrand, ainsi que le journaliste Patrick Chêne profiteront de l’arrivée inattendue d’un avion venu de Bamako pour rentrer directement sur Tombouctou. Patrick Poivre d’Arvor, autre membre de l’équipage, cède quant à lui sa place à sa collègue du Journal du Dimanche, Nathaly Odent, désireuse d’interviewer Thierry Sabine. Hésitant, ce n’est qu’à la faveur des changements de dernière minute des journalistes que Daniel Balavoine rejoindra finalement l’appareil, avant de s’envoler aux côtés des quatre autres membres de l’équipage à 17h15.

Deux arrêts suivront alors. Le premier intervient à 18h10 à Gossi afin de donner le coup d’envoi d’une étape chronométrée. Le second, à vingt-deux kilomètres du bivouac de Rharous, sera quant-à-lui forcé. Le vent violent et l’obscurité rendent les conditions de vol exécrables et toute progression trop dangereuse, d’autant que l’Ecureuil doit absolument suivre le relief à très basse altitude afin de pouvoir disposer d’un repère au sol et de s’orienter[1]. Par communication radio, Thierry Sabine et la logistique du bivouac se mettent alors d’accord sur l’envoi d’un véhicule afin de venir chercher les membres de l’équipage. A 19 heures, l’organisateur de la course sort même de l’appareil et intercepte la voiture n°198 de Pierre Lartigue et de Bernard Giroud pour demander à nouveau à ce qu’une voiture leur soit envoyée. L’affaire semblait être réglée.

Incompréhensible et inexpliqué, le dernier décollage de l’appareil aura finalement lieu vers 19h20. L’hélicoptère de Thierry Sabine tente le diable et semble alors faire le choix de prendre pour seul repère au sol les feux arrière du 4x4 de Charlie Bévèze et Jacquie Giraud. Pari insensé.

Condamné à voler à très basse altitude, l’hélicoptère finit par heurter une dune de sable par trois fois avant de se désintégrer dans la nuit, à seulement huit kilomètres du bivouac.

 

14 janvier 1986 1Tragique accident semant les doutes sur ses circonstances, le crash de l’appareil qui endeuilla à jamais l’histoire du Paris-Dakar a suscité bon nombre de suppositions. Des bandes de gazes retrouvées sur le lieu de leur arrêt firent notamment penser que l’un des membres d’équipage put éventuellement être touché par une morsure de scorpion ou de serpent, forçant l’hélicoptère à rejoindre le bivouac en urgence…

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Un drame accidentel par excellence s’il en est. Un de ceux dont ni les protagonistes, ni les circonstances ne pouvaient être prévus par avance.  

 

[1] L’hélicoptère n’est alors équipé d’aucun système de GPS adapté.