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13 janvier 1898 : J'accuse…!

13 janvier 1898 j accuse1Moins de quatre ans à peine après l’arrestation et la condamnation du capitaine Alfred Dreyfus pour cause de haute trahison, les doutes concernant la culpabilité de l’officier juif se sont accumulés, en dépit de la volonté des autorités militaires d’étouffer une affaire au parfum de scandale pour la République et pour l’armée.

 


Accusé sur la base d’un « bordereau » qu’il n’a jamais écrit, recensant des informations stratégiques de l’Etat-major français, et adressé à l’intention du diplomate allemand Schwartzkoppen, Alfred Dreyfus effectue alors sa peine à la déportation perpétuelle sur l’île du Diable en Guyane. 

 

13 janvier 1898 j accuse2Cause perdue, affaire classée et lointaine, le cas Dreyfus finit cependant par attirer l’attention du colonel Picquart, un temps chef du service de renseignement de l’armée. En poussant ses investigations, sans en tenir compte à sa hiérarchie, Picquart se convainc des similitudes de graphie entre l’écriture figurant sur le « bordereau » et celle de celui qui aurait dû être le seul protagoniste de l’affaire Dreyfus, Walsin Ferdinand Esterhazy, commandant du 74ème régiment d’infanterie de ligne. L’interception du « petit bleu », document télégraphique attestant de relations entre Esterhazy et Schwartzkoppen, mais aussi celle des « faux Henry » (1896) visant à appuyer la culpabilité de Dreyfus par moyens de preuves crées de toute pièce par la hiérarchie militaire, finiront d’attiser les doutes du colonel Picquart, de Mathieu Dreyfus, frère de l’accusé, mais aussi ceux de journalistes et intellectuels prêts à mettre l’affaire Dreyfus sur la place publique.

 

13 janvier 1898 j accuseLe 11 janvier 1898, le jugement et l’acquittement du commandant Esterhazy par un Conseil de Guerre réunit à Paris pousseront finalement Emile Zola, jusqu’alors resté en retrait, à passer à l’offensive. Dans une lettre ouverte au Président de la République, parue en « Une » du journal l’Aurore dans son édition du 13 janvier, l’auteur des Rougon-Macquart se lance au fil d’un article fleuve de huit colonnes, dans un exposé récapitulatif des grands évènements de l’affaire Dreyfus qui ont eu lieu depuis 1894, avant de se livrer à une vibrante diatribe dénonçant les dysfonctionnements de la Justice et de l’Armée, mais aussi en accusant nommément Esterhazy et ceux qui l’ont couvert.

 

 

13 janvier 1898 j accuse3Dans la foulée des accusations portées et au sujet desquelles il n’a pas forcément toutes les preuves, Emile Zola sait aussi qu’il encourt le procès et la sanction d’une juridiction d’Assises et le jugement d’un jury populaire… Et c’est précisément cela qu’il cherche !

En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose. 

 

Dans l’impossibilité de revenir sur les affaires Dreyfus et Esterhazy déjà jugées, l’écrivain espère faire de l’affaire Zola la nouvelle tribune d’un scandale trop longtemps dissimulé, celui des irrégularités de l’affaire Dreyfus.

A l’issue d’un premier procès en février (8 au 23 février 1898), de sa sanction de condamnation cassée le 2 avril, et d’un second procès le 18 juillet confirmant finalement sa condamnation, Emile Zola s’exilera finalement en Angleterre afin d’éviter la prison. Il attendra encore onze mois avant de revenir en France et de pouvoir assister à l’arrêt de révision renvoyant Alfred Dreyfus devant la Cour d’Appel de Rennes en juin 1899.

Morceau de bravoure journalistique, J’accuse…! a fait de l’affaire Dreyfus, un éminent sujet de controverse au sein des cénacles politiques, des milieux bourgeois ou du moindre ménage français.

 

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Incontournable, incisif, véritable « bombe » littéraire où la rhétorique et le style se mettent au service d’un idéal de justice, le texte de l’écrivain sera le pivot d’une lutte qui durera plus d’une décennie et qui ne se terminera qu’avec la réhabilitation officielle de Dreyfus en 1906.