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10 septembre 1915 : Quand le canard se déchaîne !

Le Canard Enchaîné est connu pour être l’hebdomadaire satirique français par excellence, se voulant à la fois dénonciateur de scandales et fossoyeur de la pensée unique. Cette vocation bien affirmée, le journal la puise au cœur de la Première Guerre Mondiale et de la pression continuelle des bellicistes français qui dressent le mythe de l’engagement militaire facile, « la fleur au fusil »…

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Engagé de naissance, mais surtout pas dans les troupes… le Canard Enchaîné est créé le 10 septembre 1915 par Maurice Maréchal,Jeanne Maréchal et Henri-Paul Deyvaux-Gassier, avec la vocation de dénoncer les « va-t’en guerre », tout en se faisant le relais des propositions de règlements pacifistes du conflit.

En réflexion à L’Homme Libre[1], le journal de Clemenceau qui critiquait depuis 1913 la politique attentiste d’un gouvernement français qui croyait la guerre gagnée d’avance, le journal satirique prend le nom de Canard Enchaîné. Entre 1918 et 1920, il changea cependant temporairement de nom pour prendre celui de Canard Déchaîné avant de revenir à titre originel.

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Une du journal sur les révélations des Diamants de Bokassa, 10 octobre 1979

 

Né à contre-courant de la pensée commune, le Canard Enchaîné y est resté. Depuis sa naissance, le journal a révélé une quantité non négligeable de scandales politico-financiers (Affaires Hanau, 1928 ; Stavisky, 1934 ; raid boursier de la Société Générale, 1989 ; Elf-Dumas, 1998…) et s’attache encore aujourd’hui à protéger l’intégrité de sa ligne éditoriale en garantissant son indépendance financière face aux prises de participations extérieures, aux annonceurs publicitaires (aucune publicité ne figure dans l’hebdomadaire), en empêchant ses rédacteurs de faire des piges pour d’autres journaux ou encore en exigeant d’eux de n’accepter ni cadeaux, ni décorations officielles. 

Le Canard Enchaîné, véritable franc-tireur de la presse française paraît tous les mercredis (exceptionnellement le mardi, si le mercredi est férié) et dispose désormais de sa version internet. 

 

[1] L’Homme Libre changea d’ailleurs de titre pour celui de L’Homme Enchaîné dès 1914, suite aux mesures de censures dont il fit l’objet. Les deux journaux avaient des lignes éditoriales totalement différentes mais se rejoignaient dans la dénonciation de la politique du gouvernement. A son accession à la Présidence du Conseil en 1917, Clemenceau prit soin de garantir la liberté de la presse et de limiter les mesures de censures.