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10 novembre 1938 Mort de Mustapha Kemal Atatürk

Aussi appelé « Père-Turc » ou « Père des Turcs », Mustapha Kemal est né en 1881 à Salonique (Grèce), alors sous contrôle de l’Empire Ottoman et du Sultan d’Istanbul. Marqué dès son plus jeune âge par la rigidité de l’enseignement et des mœurs religieuses, il devint au début du XXème siècle l’artisan majeur de la construction d’une Turquie moderne et laïque.

10 novembre 1938 mort de kemal atatürk 1Jeune officier de l’armée ottomane, Mustapha Kemal fut tout d’abord au service du Sultan d’Istanbul en défendant les possessions ottomanes en Italie (bataille de Tobrouk, 1911) ou dans les Balkans (1912-1913) avant de s’illustrer pendant le premier conflit mondial notamment lors de la bataille de Gallipoli (1915). Mais le légalisme du brillant officier eut ses limites lorsque le Sultan Mehmet VI accepta les dispositions du Traité de Sèvres (10 août 1920) soumises par les alliés victorieux de la Première Guerre Mondiale et consacrant le démembrement de l’Empire Ottoman. Le gigantesque empire territorial, l’un des plus grands que l’Histoire moderne ait jamais connu se retrouve alors amputé par la création d’un territoire kurde autonome, d’une nouvelle République indépendante d’Arménie, mais aussi par des prises de territoires par la Grèce et l’Italie ou encore par l’attribution future de mandats internationaux de la SDN sur le Liban et la Syrie à la France, ainsi que sur la Palestine, l’irak et l’Iran à la Grande-Bretagne. L’administration et les finances du Sultan sont alors également étroitement surveillées par les puissances occidentales.

A la tête d’une révolte à laquelle se joignent des cadres de l’armée, mais aussi une part importante de la société civile mécontente des dispositions du traité de Sèvres, Mustapha Kemal prend alors la tête des opérations militaires depuis Ankara et met en déroute les troupes du Sultan, avant de vaincre l’armée grecque lors de la guerre gréco-turque (1920-1922). Défait du poids des combats, il devient alors Président de l’Assemblée Nationale, puis Président de la République turque pour un premier mandat de quatre ans le 23 octobre 1923. La République de Turquie est proclamée six jours plus tard. Le califat est aboli. La séparation de l’Eglise et de l’Etat est engagée sur le modèle français.

Un gigantesque mouvement de réforme et de modernisation s’amorce alors au sein de la société turque : abolition de la polygamie, suppression des ordres religieux, interdiction du port du voile dans l’administration (1924), adoption de nouveaux codes civil, criminel et commercial, respectivement élaborés sur les modèles suisse, italien et allemand (1925), adoption du calendrier grégorien à la place du calendrier arabe (1926), mais aussi de l’alphabet latin à la place des caractères arabes (1928). Dans le même temps, l’école primaire devient mixte, républicaine et obligatoire et en 1934, le droit de vote est accordé aux femmes.

Du point de vue des réformes économiques, Mustapha Kemal initialise également la rénovation du système financier autour de banques turques évitant le plus possible la dépendance à l’égard des établissements étrangers, améliore les réseaux de communication du pays et procède au désenclavement et à la modernisation des campagnes.

10 novembre 1938 mort de kemal atatürk 2 Durant ses quatre mandats à la présidence turque (1923, 1927, 1931,1935), Mustapha Kemal connaîtra cependant des contestations politiques intérieures croissantes qui le pousseront à plusieurs reprises à recourir temporairement à la censure, voire à l’état de siège et à l’usage de la force, notamment à l’égard de la communauté kurde, ou encore à supprimer le multipartisme (1932) qu’il avait pourtant instauré.

 

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Décédé le 10 novembre 1938 d’une cirrhose, Kemal Atatürk[1] laisse derrière lui un pays de 70 millions d’habitants profondément transformé par ses réformes et indiscutablement engagé sur la voie de la modernité. Encore aujourd’hui, son œuvre continue de servir de référence à la majeure partie de la classe politique turque et exerce une influence idéologique indéniable.

 

 

[1] Il abandonna le prénom de Mustapha en 1934